En 2001, Joseph Kabila héritait d’un pays morcelé avec une mission : en préserver l’unité. Vingt-cinq ans plus tard, le voici à la tête d’un front armé allié à l’AFC/M23. Une annonce qui tombe au lendemain d’un ballet diplomatique à Goma. À Kinshasa, pourtant, les réactions semblent davantage relever du sauve-qui-peut que d’une lecture lucide du monde.

Le gardien de l’unité devenu rebelle
Janvier 2001. Laurent-Désiré Kabila est assassiné, le pays est découpé entre rébellions et armées étrangères. Son fils, alors âgé d’à peine trente ans, est propulsé à la tête de l’État. Pour nombre d’analystes, ce choix fut accompagné, sinon porté, par des partenaires internationaux avec une feuille de route claire : réunifier le territoire, conduire la transition, organiser les élections. Sun City, le gouvernement « 1+4 », la Constitution de 2006 : sur l’essentiel, la mission fut accomplie. Le pays est resté un, du moins sur la carte.
Octobre 2026. L’homme qui avait incarné la réunification prend la tête du Front pour la Refondation de la Nation, aux côtés d’un mouvement armé qui contrôle une partie de l’Est. Le paradoxe est total. Mais il oblige à une question que Kinshasa évite : qu’est-ce qui a changé, au point que celui qui recousait le pays juge aujourd’hui utile de s’allier à ceux qui le déchirent ?
Goma, nouveau centre de gravité
Le calendrier n’est pas anodin. L’annonce intervient au lendemain de plusieurs visites de diplomates venus en observation à Goma. Le message est implicite mais lisible : une partie de la communauté internationale considère désormais l’Est non plus seulement comme un théâtre de guerre, mais comme un espace politique avec lequel il faut compter.
La presse kinoise en perçoit les signaux. Congo Nouveau et Chronik’Eco s’interrogent sur l’avenir du processus de Doha, désormais privé de son cadre initial. La Manchette évoque l’embarras de Washington face à un homme que l’administration américaine avait elle-même sanctionné. Africanews affirme que l’ONU, l’UA, Luanda et Doha poussent un scénario à la Sun City : suspension des poursuites, table ronde avec des facilitateurs neutres, inclusion de Kabila et de l’opposition non armée.
Autrement dit, pendant que Kinshasa débat de trahison, le concert des nations, lui, prépare déjà la table de négociation.
Kinshasa : le temps des postures
Face à ce mouvement de fond, que voit-on dans la capitale ? Des postures, surtout.
Au sommet de l’État, Jean-Michel Sama Lukonde déclare Kabila « ennemi du peuple congolais » et appelle les sénateurs à se ranger derrière Félix Tshisekedi (Le Quotidien). Noël Tshiani appelle à une mobilisation « comme un seul homme » (La Prospérité). Dans la presse, Le Phare parle de traître démasqué, Le Potentiel de suicide politique.
Dans l’opposition, c’est le silence. La C64, qui réclame depuis des mois un dialogue inclusif, ne s’est pas clairement prononcée. Le député Olivier Katuala (La Gazette du Congo) et Infos27 interpellent nommément Katumbi, Fayulu, Kabund, Matata et Sesanga. Forum des As résume le dilemme : comment réclamer un dialogue avec Kabila et l’AFC/M23 sans clarifier sa position face au recours à la force ?
Ailleurs, on se désolidarise discrètement. L’AAP du professeur Théophile Mbemba Fundu quitte le mouvement « Sauvons la RDC », en désaccord avec l’option militaire (RDC-Direct.cd).
Le sauve-qui-peut comme stratégie
Mis bout à bout, ces gestes dessinent moins une réponse nationale qu’une addition de calculs individuels. Les uns proclament leur loyauté pour ne pas être soupçonnés. Les autres se taisent pour ne pas insulter l’avenir, dans l’hypothèse où une table ronde redistribuerait les cartes. D’autres encore quittent le navire avant qu’il ne prenne l’eau.
Chacun se protège ; personne ne semble protéger l’ensemble. Condamner Kabila est devenu un test de fidélité, se taire une assurance-vie politique. Mais ni l’un ni l’autre ne constitue une vision.
Les questions de fond restent orphelines : comment l’État compte-t-il reprendre l’initiative diplomatique alors que Goma attire les chancelleries ? Quelle offre politique Kinshasa oppose-t-elle à ceux qui, dans l’Est, se sentent abandonnés ? Que vaudrait une victoire morale sur Kabila si la carte du pays continue de se fissurer ?
Chercher la hauteur
La Référence Plus note que ce n’est pas tant la position de Kabila qui a changé que le degré de confrontation. Le Nouvel Observateur invite chacun à « mettre de l’eau dans son vin ». Ces voix restent minoritaires, mais elles posent la seule question qui vaille : y a-t-il, dans la classe politique congolaise, des femmes et des hommes capables de s’élever au-dessus de leur survie personnelle pour penser celle du pays ?
L’histoire congolaise a déjà connu ce moment. En 2002, des ennemis irréconciliables avaient fini par s’asseoir ensemble, non par vertu, mais parce que l’alternative était l’éclatement. Ce n’était pas glorieux ; c’était nécessaire.
En 2001, on avait confié à un jeune homme la mission de garder le Congo uni. En 2026, cette mission n’appartient plus à un seul homme. Elle revient à toute une classe politique. Reste à savoir si celle-ci saura lever les yeux de son nombril pour regarder la carte du monde, ou si elle laissera, une fois encore, d’autres décider à sa place.
La rédaction d’e-journal Kinshasa
Deux points sont présentés comme lecture éditoriale plutôt que comme faits établis : le rôle des « parrains internationaux » en 2001 et le lien entre les visites à Goma et l’annonce. Si vous avez des détails précis sur ces visites (pays, dates), je peux les intégrer pour renforcer l’argument.







