Edito

Et si l’on changeait l’hymne national ?

Lors de la cérémonie de proclamation de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, un seul hymne national retentit : La Brabançonne, celui de la Belgique.

Le Congo nouvellement indépendant ne disposait pas encore de son propre hymne national pour répondre, en musique, à celui de l’ancienne puissance coloniale.

C’est alors que « Indépendance Cha Cha », la célèbre chanson de Joseph Kabasele, dit Grand Kallé, fut interprétée pour combler cette absence, sous les yeux hagards des dirigeants congolais de l’époque.

Quelques mois plus tard, le Congo se dotera de son propre hymne national, fruit de l’ingéniosité du Révérend Père Simon-Pierre Boka sollicité à cet effet. Ce dernier restituera, dans son texte, la trame de l’histoire mouvementée de l’indépendance avec, à la clé, les déboires subis par ses compatriotes pour se libérer du joug colonial.

À travers « Debout Congolais », le Père Boka exhortait le congolais à sortir de sa torpeur et à se dresser contre l’oppression coloniale belge. Cet hymne se voulait un vibrant appel au réveil patriotique, à la reconquête de la dignité humaine et à l’affirmation de la souveraineté nationale.

Jugé anachronique sous la Deuxième République, dans un contexte marqué par la volonté de promouvoir une nouvelle identité nationale, « Debout Congolais » céda la place à « La Zaïroise ».

Ce nouvel hymne, instauré sous le régime mobutiste, traduisait l’idéal d’un peuple désormais maître de son destin et résolument tourné vers la construction de la nation zaïroise.

En 1997, le régime AFDL sous Laurent-Désiré Kabila, exhumera « Debout congolais » redevenu l’hymne national. Et pourtant, il semblait déjà en décalage avec les aspirations sociopolitiques de l’époque. Un anachronisme qui, aujourd’hui encore, interroge son adéquation avec les réalités et les ambitions du Congo contemporain.

C’est inacceptable, plus d’un demi-siècle après, de toujours répéter des phrases telles que « Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant » ou encore « Nous peuplerons ton sol », « nous assurerons ta grandeur » etc.

En 1960, ces phrases avaient une bonne raison d’être au futur, car elles exprimaient un idéal à atteindre. Mais aujourd’hui, le Congo est arrivé au stade de sa maturation et les attentes exprimées jadis sont censées être satisfaites. Le temps est à l’accomplissement des promesses.

Le Congo a déjà peuplé, voire surpeuplé son sol. Il est temps de se réveiller et de passer à l’action, plutôt que de se faire constamment répéter « Debout congolais », tel un élève qui paresse au lit alors qu’il devrait déjà être à l’école.

Lorsqu’on scrute à la loupe de cet hymne national, la nécessité de le remettre à niveau, ou mieux , de le changer carrément, saute aux yeux. Sinon, on continuera indéfiniment à fredonner avec fierté un chant devenu obsolète.

Après plus de 60 ans d’indépendance, le Congo est passé du stade de la résistance à celui d’une nation qui doit aller de l’avant, prête à faire face aux défis politiques, socioéconomiques, sécuritaires et de reconstruction nationale.

Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est un chant patriotique qui montre la vision actuelle et les nouveaux défis d’un Congo libre et souverain dans ses choix.

C’est pourquoi je m’en remets aux députés nationaux, authentiques représentants du peuple, afin qu’ils se saisissent de cette question et dotent la République d’un hymne national plus proche des Congolais et en parfaite adéquation avec leurs aspirations.

Jean Pierre Eale iKabe

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