Vendredi 17 juillet, Bruxelles a pris une décision qui semble réservée aux spécialistes, mais qui nous concerne tous : la Commission européenne veut désserrer les règles imposées à ses banques depuis la crise de 2008 (Euronews, La Liberté). Pour le dire simplement : depuis presque vingt ans, on obligeait les banques européennes à garder beaucoup d’argent de côté, par sécurité. Demain, on leur permettra d’en garder moins — donc d’en prêter plus. Des centaines de milliards d’euros vont être remis en circulation.
La vraie question n’est pas technique. Elle est politique : cet argent, pour qui ? Et pour quoi faire ?
Le but de Bruxelles : l’Europe d’abord
La Commission ne s’en cache pas. Si elle libère l’argent de ses banques, c’est pour financer trois priorités : la défense, les technologies vertes et l’intelligence artificielle. L’Europe se sent distancée par les États-Unis et la Chine, et elle mobilise son épargne pour se réarmer — économiquement et militairement.
Relisez la liste des priorités : l’Afrique n’y figure pas. Pas une ligne. Le but ultime de cette réforme n’est pas de financer le monde, encore moins le Sud. C’est de financer l’Europe, par l’Europe, pour l’Europe.
Est-ce une bonne nouvelle pour l’Afrique ? Regardons les faits

Pour répondre, il suffit d’observer ce que les banques européennes ont fait ces dernières années. Pendant que Bruxelles préparait cette réforme, elles pliaient bagage en Afrique. La Société Générale, présente sur le continent depuis des décennies, a vendu presque toutes ses banques africaines : Congo, Tchad, Burkina Faso, Guinée, Mauritanie… BNP Paribas et le Crédit Agricole avaient ouvert la voie (Jeune Afrique, Ifri). Leur explication ? L’Afrique ne rapporte pas assez par rapport aux risques.
Voilà la vérité toute simple : quand l’argent européen doit choisir, l’Afrique passe en dernier. Rien dans la décision du 17 juillet ne change cette logique. Espérer que l’argent libéré à Bruxelles viendra tout seul irriguer les économies africaines, c’est croire au ruissellement — une promesse que soixante ans de relations entre l’Europe et l’Afrique ont rarement tenue.
Et pourtant, il y a une autre façon de voir les choses. Le départ des banques françaises a laissé un vide, et ce vide est en train d’être rempli par des Africains. Des groupes comme Vista ou Coris rachètent les banques cédées, pays après pays (Finances.cd). Pour la première fois, un vrai réseau bancaire africain, dirigé par des Africains, est en train de naître. Mais pour grandir, ces jeunes champions auront besoin de partenaires solides et d’accès à l’argent — précisément celui que l’Europe s’apprête à libérer.
Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ? Ni l’une ni l’autre. Cette réforme sera ce que l’Afrique saura en faire. Bonne nouvelle si l’Afrique négocie sa part, unie et organisée. Mauvaise nouvelle si elle regarde le train passer.
Et c’est là que la proposition de Juliana Lumumba est pertinente.
Négocier, oui. Mais qui négocie ? Un pays africain seul ne pèse rien face à Bruxelles. Il faut une voix collective. C’est exactement l’idée que défend Juliana Lumumba, la candidate de la République démocratique du Congo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (Financial Afrik).
Son constat est limpide : une Francophonie qui ne parle que de langue et de culture est une Francophonie qui subit. Elle veut en faire autre chose — un espace où les pays francophones, dont la grande majorité est africaine, défendent ensemble leurs intérêts, y compris économiques. « Ma candidature est celle de la RDC et de l’Afrique dans sa volonté de dignité retrouvée », dit-elle (Jeune Afrique). Et la dignité, aujourd’hui, ce n’est pas seulement les discours : c’est avoir son mot à dire quand on décide où va l’argent.
Elle sait de quoi elle parle. Son père, Patrice Lumumba, l’avait dit avant tout le monde : une indépendance politique sans indépendance économique est une coquille vide. Elle-même a dirigé pendant huit ans l’organisation qui fédère les chambres de commerce africaines. Elle a vu de près ce que vit un entrepreneur de Kinshasa ou de Ouagadougou quand les banques ferment le robinet du crédit.
Son projet de « Francophonie des peuples » — tournée vers la jeunesse, les entrepreneurs et le développement (Afrik.com, Actualite.cd) — propose l’outil qui manque : une organisation capable de dire à l’Europe, d’égal à égal, une chose simple. Vous libérez l’argent de vos banques ? Très bien. Alors ouvrez aussi la porte aux banques et aux entrepreneurs africains — comme partenaires, pas comme éternels demandeurs.
Il reste dix-huit mois
Les nouvelles lois européennes seront écrites d’ici début 2027. Tout se joue maintenant. Et par un hasard du calendrier qui n’en est peut-être pas un, c’est en novembre, au sommet de Phnom Penh, que sera choisie la prochaine personne à la tête de la Francophonie.
La question posée aux pays francophones est donc simple : au moment où l’Europe réorganise son argent pour elle-même, voulons-nous une Francophonie qui commente, ou une Francophonie qui négocie ?
En l’état, la décision de Bruxelles n’est pas favorable à l’Afrique. Elle peut le devenir — si une voix africaine forte s’invite à la table avant que tout soit signé. C’est le pari de Juliana Lumumba. Et l’actualité vient de lui donner raison.
Sources : Euronews ; La Liberté ; Jeune Afrique – désengagement SG ; Ifri ; Finances.cd ; Financial Afrik ; Jeune Afrique – entretien J. Lumumba ; Afrik.com ; Actualite.cd



