
Personnage très controversé dans le milieu de la diaspora, Boketshu wa Yambo est un artiste musicien qui s’est progressivement mué en influenceur, avec un audimat en constante progression.
Je le connais depuis de longues années, car il fait partie de mes relations de terroir. Nos liens se sont tissés dans la province de l’Équateur, dont nous sommes tous deux originaires. Natifs du territoire de Basankusu, plus précisément du village Songo, lui et moi avions toutes les raisons de nous côtoyer.
Nous partageons la même culture, la même langue et les mêmes réalités sociétales. Nos parents se connaissaient et se fréquentaient. Autant dire que Boketshu wa Yambo est un personnage que je connais particulièrement bien, pour l’avoir vu grandir dans le bled, loin du tintamarre de Kinshasa et de l’agitation propre aux grandes métropoles.
À l’opposé de mes appétences pour la communication et les médias, lui a choisi la voie de la musique, dans laquelle il s’est particulièrement illustré par la suite avec son groupe Swede Swede. J’observais de loin ses prouesses, fasciné par l’énergie, la fougue et le talent qui le caractérisaient à cette époque.
Boketshu avait alors conquis les cœurs grâce à une musique folklorique profondément enracinée dans les traditions de Basankusu, puisée aux sources mêmes de notre terroir. Nonobstant son succès, il a toujours su préserver les liens d’amitié qui nous unissent.
Chaque fois que nous nous retrouvons, nous ne manquons pas de ressasser les souvenirs de notre village et de replonger, le temps de quelques échanges, dans cette époque qui nous est commune. Lorsque je suis de passage à Bruxelles, je ne manque d’ailleurs pas de lui rendre visite.
En dépit de ses opinions politiques, qu’il assume pleinement en sa qualité de combattant de la première heure, Boketshu demeure avant tout un frère à mes yeux.
Je n’ai aucune influence sur ses convictions politiques, pas plus qu’il n’en a sur les miennes. Chacun assume librement ses choix et ses engagements, dans le respect de la relation fraternelle qui nous lie.
Après plus de deux décennies de contestation radicale contre les différents régimes qui se sont succédé en RDC, j’apprends qu’il a annoncé la création de son propre parti politique.
Je n’ai aucune leçon à lui donner à ce sujet. Ses choix politiques lui appartiennent et il les assume, comme il l’a toujours fait.
Pour ma part, je suis plutôt de ceux qui militent pour son retour sur la scène musicale, après plus de deux décennies d’éloignement de l’activité artistique. Un nouvel opus serait d’ailleurs déjà en chantier, m’apprend-on.
Puisse ce retour à la musique lui permettre de renouer avec son public et de faire à nouveau résonner cette voix qui, autrefois, avait su si bien porter les sonorités et les rythmes de notre terroir.
Je ne peux que m’en réjouir et lui souhaiter plein succès dans cette nouvelle aventure.
Jean Pierre Eale iKabe






