Une énième brouille diplomatique entre les deux Congo est-elle en passe de prendre forme ?
Depuis le récent incident fluvial ayant opposé une patrouille de la marine de la République du Congo à celle de la RDC sur le fleuve Congo, la tension semble être montée d’un cran de part et d’autre.
La gravité de l’incident tient au fait qu’il y ait eu mort d’homme, des personnes capturées et d’autres portées disparues. Des circonstances qui confèrent à cette altercation une dimension particulière, avec de sérieuses implications sur le plan diplomatique.
Comme si cela ne suffisait pas, l’interpellation à Kinshasa du Procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville, André Ngakala Oko, est venue exacerber une situation
déjà tendue. Les autorités de deux pays ont, pour leur part, préféré privilégier l’apaisement en mettant en avant la nécessité de renforcer les mécanismes d’anticipation et de prévention de ce type d’incidents fluviaux.
Au niveau des populations de deux rives, le gène est manifeste. Mis à part quelques extrémistes brazzavillois qui n’ont pas digéré cette situation au point d’appeler à la traque des Kinois, la majorité semble ne pas être prête à renouer avec
la fameuse opération «Mbata Bakolo». À Kinshasa, la tendance était plutôt à la retenue, sur fond de prudence face à toute réaction épidermique susceptible de tout chambouler. Autant dire que de part et d’autre, personne n’a osé franchir le rubicon du repli identitaire, de la xénophobie et du rejet de l’étranger. L’appel à l’apaisement a été entendu. Kinois et Brazzavillois ont privilégié l’unité plutôt qu’une séparation contre-productive. En vérité, ils savent qu’ils ne représentent qu’un seul et unique peuple séparé uniquement par le fleuve Congo. Au-delà d’avoir en partage les mêmes frontières, ils partagent également des liens de consanguinité solide via des unions scellées sur les deux rives.
Ils ont aussi en commun, le Lingala, le ciment culturel absolu, mais aussi, la rumba.
De Grand Kallé et Franco à l’époque, jusqu’aux artistes d’aujourd’hui, la musique ne cesse de voyager d’une rive à l’autre, sans passeport. Des grands ensembles culturels, notamment le Royaume Kongo, est à cheval entre les deux Congo. C’est notamment le cas de l’ethnie Teke qu’on retrouve de part et d’autre.
À tout prendre, la géographie, l’ethnographie et la culture ont tissé entre les deux capitales les plus rapprochées du monde des liens indissociables à telle enseigne qu’il est difficile, voire impossible, de séparer les deux peuples.
Comme quoi, Kinshasa et Brazzaville, miroirs l’une de l’autre à travers le fleuve Congo, rappelleront toujours que l’unité demeure possible au-delà des divisions.
Jean Pierre Eale ikabe.

