Il y a des symboles qui valent des programmes. Que la fille de Patrice Lumumba, Juliana Amato Lumumba, porte aujourd’hui les couleurs de la République démocratique du Congo — premier pays francophone du monde par la population — dans la course au secrétariat général de l’OIF, et qu’elle le fasse en plaçant l’économie au cœur de son offre politique, voilà qui dit quelque chose de l’époque. Auditionnée le 30 juin à Paris devant la conférence ministérielle extraordinaire de la Francophonie, elle a défendu une organisation « orientée vers le développement », plus proche des préoccupations concrètes de ses États membres (Actualite.cd, Congo Quotidien). À Phnom Penh, en novembre, les chefs d’État et de gouvernement trancheront. Mais le débat qu’elle a ouvert, lui, est déjà gagné : la Francophonie de demain sera économique ou perdra de son influence.

Car les faits, eux, n’attendent pas le sommet. Regardez la semaine qui s’achève. À Abidjan, la BRVM a franchi les 18 000 milliards de francs CFA de capitalisation, son indice Composite gagnant 37 % sur un an (Lejecos). Le Burkina Faso a levé 44 milliards de francs CFA en une séance sur le marché régional (Lejecos). Les bailleurs ont promis 80 milliards de dollars au plan de développement ivoirien, quatre fois l’objectif (APAnews). Et la BEAC a arrimé la zone CEMAC au système panafricain de paiement PAPSS (L’Union). La francophonie économique n’est plus une hypothèse : c’est une réalité de marché, mesurable en points d’indice et en carnets d’ordres. Ce qui lui manque, c’est un dessein. Un architecte. Une bannière.
FRANCOSPHÈRE

C’est précisément là que la candidature de madame Lumumba et notre projet de Francosphère se rencontrent — et se renforcent. La Francosphère, c’est le pari que l’espace francophone — 400 millions de locuteurs aujourd’hui, 16 % du PIB mondial, un cinquième du commerce de marchandises (Agence Ecofin) — peut cesser d’être une communauté de mémoire pour devenir une communauté d’intérêts. Non pas contre la ZLECAf, ni contre l’Europe, mais comme le chaînon qui manque entre les deux : un espace de confiance juridique, linguistique et financière reliant l’épargne du Nord — France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Québec — à la croissance du Sud, qui avance à près de 5 % l’an en Afrique subsaharienne francophone quand Paris plafonne à 0,5 % (Banque de France).
Or que propose madame Lumumba, sinon l’ossature institutionnelle de ce projet ? Une OIF qui ne se contente plus d’organiser des missions économiques — si utiles soient-elles, de Libreville hier à Djibouti en octobre — mais qui pèse sur les règles, fédère les instruments, parle aux marchés. Son geste en direction du Québec, courtisé dès avril (La Presse), n’est pas anodin : au moment où le protectionnisme américain pousse la Belle Province à diversifier ses débouchés, l’axe Kinshasa-Québec préfigure exactement ce corridor Nord-Sud francophone que la Francosphère appelle de ses vœux. Une candidate du Sud qui tend la main au Nord sur un agenda d’affaires : voilà la dynamique nouvelle.
Qu’on mesure ce qu’une telle convergence rendrait possible. Un corridor de règlement direct entre les deux zones CFA et l’euro, maintenant que BCEAO et BEAC sont toutes deux dans le PAPSS. Des obligations diaspora cotées à la BRVM et distribuées par les réseaux bancaires de Bruxelles, Paris et Montréal. Un mécanisme de garantie mutualisée — AFD, BOAD, BDEAC, Investissement Québec — pour dérisquer les émissions transfrontalières. Aucun de ces chantiers n’exige de traité nouveau ; tous exigent une volonté politique incarnée. C’est la force d’entraînement qu’une secrétaire générale portant ce mandat pourrait insuffler, et c’est le terrain que la Francosphère laboure déjà.
Soyons lucides : une candidature n’est pas une élection, et une vision n’est pas un bilan. Phnom Penh dira si les États membres veulent d’une OIF qui compte — au double sens du terme. Mais l’essentiel est acquis : pour la première fois, le débat sur l’avenir de la Francophonie ne porte plus sur la défense de la langue, mais sur la construction d’un marché. La langue française a fait la communauté ; l’économie fera la puissance. Madame Lumumba en a fait sa campagne. La Francosphère en fait sa raison d’être. Il reste à en faire, ensemble, une réalité.
Sources principales : La Presse · Actualite.cd · Congo Quotidien · Le Petit Journal · Forbes Afrique · et les faits de la veille du 17 juillet 2026 (BRVM, BEAC/PAPSS, PND ivoirien, Banque de France).





