Le crash de l’aéronef Let 410 de la compagnie privée TRACEP Congo Aviation à Kenge ayant coûté la vie à 17 personnes dont deux très hauts magistrats militaires des FARDC, met en lumière les failles systémiques de la sécurité aérienne en RDC.
Ce énième crash est censé poser les bases de la relance du secteur aérien congolais longtemps gangrené par une culture de l’approximation et du laxisme. La récurrence des accidents aériens, particulièrement chez les opérateurs privés, impose un changement de doctrine.
Il n’y a qu’au Congo où les certificats de navigabilité sont délivrés à l’emporte-pièce et renouvelés sans toute la rigueur requise. Les autorités peinent à imposer un contrôle technique rigoureux pour la certification des transporteurs aériens.
Véritables « cercueils volants », des avions d’occasion vétustes s’affranchissent régulièrement des contrôles techniques pour décoller de nos pistes, dans l’indifférence générale des responsables du secteur.
Pire, il est fait état de la corruption qui gangrène la navigation aérienne avec, à la clé, le monnayage des rapports d’enquêtes, remettant en cause la crédibilité même du Bureau d’enquêtes, d’accidents et incendies d’aviation (BEPA).
Entre-temps, les infrastructures aéroportuaires, tant à Kinshasa que dans l’arrière-pays, ne répondent plus aux normes de sécurité.
De quoi se demander quelle destination prennent les recettes générées par les redevances et autres taxes payées par les voyageurs à l’embarquement ? Contribuent-elles effectivement à améliorer la qualité et la sûreté du transport aérien en RDC ? Certainement pas.
Bien que ces taxes génèrent des millions de dollars chaque année susceptibles de contribuer à la modernisation des infrastructures, leur impact reste toutefois infime par rapport à la réalité du terrain.
Depuis 2019, une question taraude les esprits : Où va l’argent de Go Pass (55 USD pour les vols internationaux et 15 USD pour les vols nationaux) ? Le Groupe d’étude pour le Congo (GEC) avait révélé, dans un rapport, que sur plus de 225 millions de dollars générés par le Go-Pass en dix ans, d’immenses sommes ont été détournées de leur but initial sans la moindre explication.
Qu’à cela ne tienne. Au-delà du drame de Kenge, il s’avère impérieux d’initier un audit sérieux et transparent de la chaîne de sécurité aérienne congolaise, des compagnies aux aéronefs, des contrôles de navigabilité aux infrastructures aéroportuaires.
En définitive, la sécurité ne doit jamais être une formalité administrative dans le ciel congolais : elle doit être une obligation de résultat.
Jean Pierre Eale iKabe

