Billet · i-journal.info ·
Et si, le temps d’un café, on se mettait dans le fauteuil ? Exercice de style solennel, sans candidat, sans parti et sans la moindre ambition — sinon celle de vous faire réfléchir en souriant.
Avertissement au lecteur Ce qui suit est une posture, pas une candidature. Aucune campagne n’est lancée, aucun parti n’est financé, aucun ministre ne sera nommé à l’issue de la lecture. C’est un jeu sérieux : écrire le discours qu’on aimerait entendre, puis le regarder de près. Les chiffres et réalisations évoqués appartiennent au personnage du discours ; à chacun de les confronter aux faits.
Tout le monde, un jour, au salon de coiffure de Matonge, à la terrasse de Château Rouge ou sur le groupe WhatsApp de la famille, a commencé une phrase par « Moi, si j’étais Président… ». Nous avons décidé d’aller au bout de la phrase. Voici donc le discours, prononcé devant un pupitre imaginaire, avec drapeau, micro et silence de circonstance.
(Le lecteur est prié de se lever. Ou de rester assis : le café va refroidir.)

Le discours
Mes chers compatriotes, mes frères et sœurs, d’ici, du pays et de la diaspora,
L’heure qui sonne au cadran de notre Histoire n’est plus aux demi-mesures. Elle est d’une gravité absolue. Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est rien de moins que notre capacité à rester une nation libre, maîtresse de son destin et de ses richesses. Face aux périls, le sursaut n’est plus une option : c’est un devoir.
Ce que nous avons bâti
Regardons avec lucidité le chemin parcouru. Alors que beaucoup nous prédisaient le chaos, nous avons posé les fondations d’un État qui protège. L’école est devenue gratuite, rendant à des millions d’enfants le droit d’apprendre et d’espérer. Nous avons multiplié le budget de l’État, redonnant à la puissance publique les moyens d’agir. Nous avons engagé la restructuration de nos transports, pour désenclaver nos territoires et relier nos concitoyens. Nous avons renoué avec une croissance réelle, qui se remarque au-delà de nos frontières.
Ce qui reste à faire
Mais je vous le dis avec franchise : ces victoires ne sont qu’une étape. Je sais que le fruit de cette relance ne se sent pas encore dans chaque foyer. La croissance ne peut pas profiter seulement à une nouvelle classe moyenne, aussi nécessaire soit-elle. Elle doit devenir justice sociale. Elle doit arriver dans nos quartiers, dans nos campagnes, sur la table de chaque famille.
C’est parce que notre pays se redresse que les convoitises s’aiguisent. Ce n’est pas le moment de nous laisser distraire par les influences, d’où qu’elles viennent, qui ont intérêt à nous voir divisés et affaiblis.
Nous ne leur céderons rien.
Une consultation nationale
L’avenir ne peut pas être dicté d’en haut. Il doit être forgé par l’intelligence de toute la nation. C’est pourquoi j’ouvre une vaste consultation nationale. Élus, chefs coutumiers, entrepreneurs, forces de défense, jeunesse, travailleurs, diaspora et citoyens : chacun y a sa juste place. Un édifice tient par toutes ses fondations, pas seulement par son toit.
Un appel aux autorités spirituelles
Parmi ces fondations, nos autorités spirituelles demeurent un repère moral pour notre peuple. Je m’adresse à l’Église catholique et à son rôle historique, à l’Église protestante profondément ancrée dans nos territoires, à la ferveur de nos églises de réveil, et à toutes les communautés de foi. Lorsque vos voix s’unissent pour porter un même message de paix, leur force est immense. Je vous invite à prendre toute votre part pour éclairer le chemin de la concorde.
L’unité comme bouclier
Ne nous y trompons pas : cette consultation n’a qu’un but, forger une unité nationale solide. L’unité n’est pas un vœu pieux ; c’est notre meilleure protection.
La souveraineté ne se marchande pas. Elle se construit et se défend, par un peuple qui se tient debout ensemble. C’est en soignant nos blessures et en dépassant nos divisions que nous ferons en sorte que les richesses de notre terre profitent enfin aux enfants de notre terre.
Nous n’avons qu’une seule patrie. C’est ensemble que nous la protégerons et que nous la hisserons vers son grand destin.
Que Dieu bénisse notre peuple, et que vive notre Nation, souveraine et indivisible.
(Applaudissements imaginaires. Vous pouvez vous rasseoir. Le café, lui, a refroidi.)
Et maintenant, on réfléchit
Un beau discours se juge à ce qu’il promet, mais aussi à ce qu’il laisse dans l’ombre. Quelques questions à garder en tête, que l’on soit séduit ou sceptique :
- Les réalisations, ça se vérifie. École gratuite, budget, transports, croissance : qu’est-ce qui a changé concrètement dans votre quartier ou celui de vos proches ? Un bilan se mesure sur le terrain, pas au pupitre.
- « Les influences extérieures » : bouclier ou paravent ? Les ingérences existent. Mais l’argument peut aussi servir à écarter des critiques légitimes venues de l’intérieur. Où placer la frontière ?
- Une consultation, pour quoi faire ? Qui choisit les participants, qui écrit les conclusions, et qui vérifie qu’elles sont appliquées ? Sans réponses claires, le dialogue national devient une tribune.
- Les Églises, conscience ou relais ? Leur autorité morale est réelle et leurs appels à la paix ont souvent compté. Leur force tient aussi à leur indépendance vis-à-vis du pouvoir.
- La croissance qui « arrive dans les foyers » : à quel indicateur le reconnaîtra-t-on ? Le prix du sac de riz, le salaire de l’enseignant, l’eau au robinet ?
À vous la parole
Et vous, si vous étiez Président, quelle serait votre première phrase ? Une mesure, une seule, en une ligne. Envoyez-la sur notre canal WhatsApp : nous publierons les meilleures — les plus sages comme les plus drôles — dans un prochain billet.
Ce billet est un exercice de réflexion. Il n’engage aucun responsable politique, ne soutient aucun parti et ne prétend représenter la position d’aucune institution.






