Radiographie d’un espace francophone décroché de la performance publique. Chandler Good Government Index 2026 : la RDC entre à la 131e place mondiale

Le chiffre qui fait mal
Pour sa première apparition dans le Chandler Good Government Index 2026, publié le 14 mai par le Chandler Governance Group, la République démocratique du Congo se classe 131e sur 133 pays. Avant-dernière d’Afrique, devant le seul Tchad.
Premier espace francophone au monde par le nombre de locuteurs. Dernier, ou presque, en matière d’efficacité de l’État.
Ce que mesure réellement l’indice
L’indice évalue 133 pays sur 35 indicateurs, indépendamment du régime politique, regroupés en sept piliers : leadership et prospective, solidité des lois, force des institutions, gestion des finances publiques, attractivité du marché, influence mondiale, capacité à faire prospérer les citoyens. Chaque pays est noté de 0 à 1.
Autrement dit : ni idéologie, ni discours. De la capacité d’exécution.
Le classement francophone 2026
| Rang africain | Pays | Rang mondial |
| 1 | Maurice | 55e |
| 2 | Rwanda | 62e |
| 4 | Maroc | 79e |
| 8 | Bénin | 89e |
| 10 | Côte d’Ivoire | 94e |
| 13 | Sénégal | 102e |
| 16 | Tunisie | 105e |
| 19 | Madagascar | 111e |
| 20 | Togo | 113e |
| 22 | Cameroun | 115e |
| 24 | Burkina Faso | 117e |
| 28 | Guinée | 122e |
| 30 | Mali | 125e |
| 34 | RD Congo | 131e |
| 35 | Tchad | 132e |
Maurice conserve son leadership africain depuis 2021 (0,554 point), portée par la qualité de son droit et de ses institutions. Le Rwanda suit à 0,515. Aucun pays francophone d’Afrique n’entre dans le Top 50 mondial. Singapour domine avec 0,884, devant la Norvège et le Danemark.
La bonne nouvelle existe pourtant
L’Afrique est la deuxième région la plus progressive de l’édition 2026, derrière l’Asie-Pacifique. 71 % des pays africains présents en 2025 ont amélioré leur score. Six piliers sur sept progressent, avec des avancées marquées sur la gestion des finances publiques et les services aux citoyens — santé, éducation, services de base.
Le mouvement est donc réel. Il est simplement trop lent, et il part de trop bas.
Ce que cela change pour l’entrepreneur
Le pilier « attractivité du marché » agrège droits de propriété, capacité à capter l’investissement, performance logistique et compétences disponibles. Traduction concrète pour un chef d’entreprise : le classement n’est pas un jugement moral, c’est une prime de risque.
Un investisseur bruxellois, parisien ou shenzhenais qui arbitre entre Abidjan (94e) et Kinshasa (131e) ne lit pas un communiqué. Il lit un coût du capital. Et pendant que Pékin propose des partenariats transactionnels sans conditionnalité de gouvernance, l’écart de crédibilité institutionnelle devient un facteur d’alignement géopolitique.
L’angle mort francophone
Voilà le débat que la Francophonie évite : elle sait défendre une langue, elle peine à produire de la capacité publique. Or l’espace francophone occupe massivement la moitié basse de cet indice, quand le Rwanda — entré dans le Commonwealth — trône en deuxième position africaine.
La question n’est plus « quelle place pour la Francophonie ». Elle est : la Francophonie est-elle capable d’exporter autre chose que des normes culturelles ? Ingénierie institutionnelle, capacité statistique, qualité budgétaire, formation des administrations. C’est là que se joue la crédibilité internationale de la RDC, pas dans les tribunes.
Pour Kinshasa, cette 131e place a au moins un mérite : elle établit une ligne de base. Le prochain rendez-vous sera celui de la trajectoire.
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